Chapitre 2 – Traversée Alger/Marseille

Traversée Alger/Marseille 

Cette fois-ci c’est vraiment l’exode forcé pour rejoindre un autre pays que nous ne connaissons pas. L’ancre est relevée, les amarres sont larguées, la sirène retentit annonçant le départ imminent. Puis le bruit des moteurs, les remous, le quai qui s’éloigne, les passagers au bastingage et quelques larmes qui creusent des sillons sur les peaux bronzées. Aucune famille à saluer, aucun signe d’adieu à prodiguer, nous sommes seuls face à nous-mêmes, à l’inconnu. Les adultes pleurent, les enfants un peu  moins car ils ne comprennent pas. La France nous a abandonnés et nous, nous abandonnons notre vie à l’équipage d’un jour !

Puis la sortie du port, nous laissons derrière nous notre ville. Les rumeurs s’apaisent, les cris des oiseaux tournoient au-dessus du navire, le bruit des vagues frappent l’acier de la coque, le vent du large amène avec lui les embruns, cette sensation de n’être plus au bon endroit, de fuir quelque chose – quoi ? – tout cela est irréel et la réalité coule de nos yeux – qu’arrive-t-il ?  

Seul le vacarme assourdissant des moteurs qui nous propulsent de plus en plus loin de notre terre natale répond à sa manière à nos questions.

Quelques heures plus tard, les étoiles – y-en-a-t-il une bonne ? – brillent de tous leurs éclats et suspendent un peu le temps terrestre. Un répit bien agréable après toute la fureur de ce que nous avons vécu depuis plusieurs jours. La mer calme et étale, polie comme un miroir dans la lumière venant du ciel étoilé, le bruit des vagues, le sifflement du vent dans les mâts nous apaise.

Nous ferons notre première nuit sans cauchemar.

Dans la brume matinale d’été, évanescente et colorée des lueurs de l’aurore, Marseille et sa rade se découvrent, hiératiques, sans bruit.

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