Chapitre 2 – Sur le quai du port

Sur le quai du port 

La voiture nous a laissés au pied de la passerelle du cargo le « Mandourah ».

Notre père après les dernières recommandations, donna l’ultime information  s’adressant à Antoinette : 

   –    Ne t’inquiètes surtout pas, Mr Serres a tout prévu.   Depuis Alger vous embarquerez sur un autre navire pour rallier Marseille, l’officier est au courant. Le pinardier, – ce n’était pas un bateau de croisière – avait pris du retard sur l’horaire de départ et le commandant de la voix et du geste nous exhortait à nous dépêcher de monter jusqu’à lui. Les derniers baisers donnés, nous montions à la queue leu leu comme une mère poule et ses poussins, la passerelle sur laquelle nous attendait l’officier de quart.

Après des présentations rapides il nous dirigea vers les cabines qui étaient situées dans le « château », à l’arrière du pinardier, dans la cabine mise à notre disposition par le commandant !  En effet, ce citernier transportait dans ses cuves pleines à ras bord les vins provenant des caves alentour, tous ces « réservoirs » occupant une grande partie de la superficie du bâtiment. Une petite partie des cales était quant à elle, réservée aux marchandises diverses qui partaient vers la métropole.

Au quatrième coup de sirène, les préparatifs du départ ont commencé, les amarres sont tombées à l’eau puis treuillées, la passerelle enlevée et la coque du navire s’est détachée tout doucement du quai dans le bouillonnement des remous provoqués par les hélices… Plus rien, physiquement, ne nous retenait  à notre terre et la certitude de partir sans l’avoir désiré, en laissant derrière nous notre maison et surtout notre père, nous arrachait des larmes de tristesse.

Depuis les bastingages nous avons adressé les derniers signes d’adieu aux employés groupés autour de notre père et longtemps après, alors que le bateau s’éloignait de la côte, nos regards mouillés, comme aimantés par notre ville que nous découvrions depuis la mer, eurent du mal à se détacher et à se porter sur autre chose.

Nous ne reverrions plus notre maison, notre ville, notre pays !

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