Extrait Chapitre I Castaras

    Sur le versant sud de la Sierra Nevada, aux premiers jours de l’hiver. Le « pueblito » – petit village – de Cástaras, planté sur son piton rocheux était silencieux. Aucun aboiement de chien, aucun pépiement d’oiseau, aucun braiement d’animaux ne troublait la chape silencieuse qui recouvrait plusieurs masures blanchies encore habitées. Le paysage semblait figé. Seule une rumeur faite de mille petits accents sonores et feutrés montait de la vallée du Trévelez qui s’étirait paresseuse, impassible, au pied du village.

    De noires volutes de fumée nauséabondes s’accrochaient aux toitures-terrasses recouvertes de chaume, vieillies et délabrées pour certaines d’entre elles. Les arbres de la placette qui abritait l’église et sa tour carrée, ressemblaient à des spectres qui projetaient leurs ombres maléfiques sur les murs délavés des taudis. La lune et les astres scintillants, en ce début de crépuscule, lançaient une douce clarté qui tamisait les contours des silhouettes des murs de clôtures en pierres sèches.

    Malgré les prières et les dévotions, l’église dédiée à la sainte de la région n’arrivait plus à protéger le peu d’habitants de toutes les misères qui accablaient la Sierra Nevada… Le petit cimetière abritant les ancêtres du village depuis de nombreuses générations, à l’ombre tutélaire du clocher encore entretenu péricliterait, et bientôt, les tombes fleuriraient par la grâce de la nature sauvage et vagabonde. Le hameau ou du moins ce qu’il en restait, continuait à vivre au ralenti grâce aux deux familles qui s’accrochaient encore au travail de la terre pour pouvoir nourrir leur progéniture.  L’air froid et vif fouettait le visage de Juan. Il n’essayait plus de tirer sur le mégot fiché au coin de ses lèvres. Son regard se perdait bien au-delà des arpents de terre qu’il soupçonnait, un peu sur sa gauche, juste derrière le rideau d’arbres fruitiers dépenaillés en cette saison et qui lui en cachait la vue. Cette terre reçue comme un cadeau de ses parents, c’est à la force de son travail et de celui de sa femme qu’il l’avait rendue bien plus cultivable et viable. À cet instant précis il se souvint des binages et autres sarclages effectués pendant de longues années, à flanc de coteau courbés vers la terre. Il pouvait se remémorer, comme s’il les avait imprimés dans sa mémoire de paysan, les monceaux de pierres qu’il avait déterrés des entrailles du sol et qui après chaque période pluvieuse surgissaient de nouveau….

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